08 mars 2016 ~ 0 Commentaire

Grâce à Gabriel – Arnaud Friedmann

J’ai cru jusqu’au bout que l’auteur n’oserait pas conclure comme il l’a fait, j’avais envisagé cette fin éventuelle très rapidement, hélas il est allé encore plus loin que je le craignais. Dommage, le livre qui ne manquait pas d’intérêt déçoit.

En Alsace au pied des vignes, la mère d’une famille de deux enfants, un fils et une fille, accomplit le rituel familial comme chaque matin, elle prépare le petit-déjeuner mais le fils ne mange pas, la veille il a ramené une fille à la maison et file vite avec elle. La mère contemple les signes de la présence de sa famille : un mari, un fils, une fille, elle n’ira pas plus loin, elle a interrompu la procédure d’adoption qu’elle avait entreprise pour meubler le départ des enfants qui quitteront bientôt le foyer. Elle s’interroge sur ses sentiments, elle estime qu’elle n’éprouve pas suffisamment d’amour pour sa famille. Elle culpabilise au moment d’envisager l’âge d’être grand-mère, bientôt peut-être. Elle est parfois un peu perdue, elle sent sa mémoire s’effilocher, elle s’égare. Il lui faudrait quelqu’un, quelque chose, qui la rattache à la vie au moment où ses enfants vont quitter la maison et agrandir ce vide qui se creuse autour d’elle, en elle. Elle refuse la déchéance qu’elle sent déjà venir, elle est encore jeune même si son fils ramène des filles à la maison, ce dernier, elle ne l’aime pas beaucoup, elle le trouve moche. Elle culpabilise, elle n’aime pas assez ses enfants surtout sa fille, mais quand elle tarde un peu pour rentrer, elle angoisse, elle imagine le pire. Et le pire arrive.

L’adoption devient alors une thérapie pour faire le deuil, surmonter l’absence, elle accepte d’accueillir Gabriel chez elle, même si elle ignore sa filiation et qu’elle craint qu’elle soit reliée à sa propre histoire, à celle de sa fille et de sa disparition tragique. Gabriel c’est l’ange rédempteur celui qu’elle aime plus que tout qui l’empêche de sombrer dans la folie ou le désespoir le plus noir. Celui qui prend un peu la place de la disparue et empiète aussi sur celle du fils qui supporte pour sa mère mais pas plus.

Dans ce texte, Arnaud Friedmann évoque la vie d’une mère à travers les grandes douleurs qu’elle essaie de taire et les mille détails qui constituent l’essence de son existence et de sa raison de vivre encore mais surtout l’impossible oubli, l’absence définitive malgré le deuil, la reconstruction apparente et la tentation de la vengeance. Une véritable introspection, une chirurgie de l’âme, une exploration des sensations, des sentiments, du ressenti, des impressions, des convictions intimes.

La familiarité de ce texte avec « Jeanne en juillet » est évidente, Arnaud Friedmann a imposé son écriture pointilliste qui fouille dans les moindres détails de la vie de ses personnages pour en faire surgir impressions et sentiments et pourtant le résultat est extrêmement différent, le présent livre est, à mon sens, moins réussi car la fin n’est pas cohérente avec le reste du texte et bien trop prévisible. Il y a quelque chose qui ne fonctionne pas dans cette chute éventée qui donne au texte une allure de livre inspiré par les faits divers endeuillant régulièrement l’actualité et que les médias détaillent avec délectation pour noyer leurs lecteurs sous un flot dégoulinant d’émotions fortes. Dommage Arnaud a un style, une écriture, un ton qui méritent mieux que cette chute.

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