19 février 2016 ~ 0 Commentaire

Noires blessures – Louis-Philippe Dalembert

Dans un pays d’Afrique centrale non cité, Mamad, un jeune indigène, est homme à tout faire chez Monsieur Laurent, une belle situation qui lui permet de faire vivre toute une tribu qui dépasse le cadre de sa propre famille. Il raconte sa vie, benjamin d’une importante fratrie, doué d’une excellente mémoire, il supportait tous les espoirs de la famille pour avoir en son sein au moins un élément capable de faire des études et de nourrir ce troupeau de crève-la-faim qui vivait dans une profonde misère mais avec une grande dignité. Trahi par sa mémoire, Mamad ne pourra jamais réaliser le rêve de sa famille, il obtiendra tout de même un bon revenu auprès de son maître pour nourrir toute sa tribu.

A la même époque de l’autre côté de la Méditerranée, un jeune Blanc noue une vraie complicité avec un père idéaliste contre le pragmatisme d’une mère acariâtre, mais le jour de la manifestation contre l’assassinat de Martin Luther King, ce père, nourri de la culture des Noirs au contact d’un soldat noir Américain qui lui a enseigné la boxe et le jazz, décède des suites d’un tabassage par un CRS. Le père avait eu le temps de transmettre ces deux passions à son fils qui écoute le jazz religieusement et s’entraîne à la boxe. Ce fils qui n’a jamais accepté la mort de son père sous les coups d’un CRS, d’un CRS noir ! Des voix le hantent et le martyrisent, il ne sait comment s’en débarrasser.

A travers ces deux histoires parallèles qui finiront par se rejoindre, Dalembert raconte l’histoire des pauvres Africains de la brousse démunis de tout sauf de leur dignité et l’histoire d’un petit Français dont le père a connu les affres de la guerre et de la libération. Deux histoires archi classiques racontées des centaines de fois depuis plus d’un demi-siècle. On y retrouve évidemment : le pauvre Noir exploité et battu par le mauvais Blanc, le Blanc cynique et exploiteur, qui ne respecte pas plus le pays que son peuple, le CRS cogneur et malfaisant, les contrebandiers peu soucieux de la conservation des espèces, … , la liste de tous les poncifs utilisés par de très nombreux auteurs depuis au moins Ferdinand Oyono . J’attendais plus d’originalité, plus de créativité, un traitement plus contemporain de ces questions de la part d’un auteur que j’avais déjà apprécié par ailleurs, même s’il reste un très bon conteur qui pourrait rivaliser avec de nombreux griots africains.

Ce texte est empli d’un désespoir immense, jamais les choses ne changeront, les Blancs domineront et mépriseront toujours les Noirs qui resteront toujours passifs, acceptant sans se rebeller les pires humiliations. On se croirait dans un autre temps, une autre époque même si on peut comprendre les vues de l’auteur, on peut désormais traiter ce sujet avec une autre perception. De nombreuses plumes haïtiennes ont montré depuis quelques décennies qu’il était possible d’écrire, sur ce sujet, de très beaux textes en sortant des sentiers par trop parcourus.

« Il paiera pour ses frères, il paiera pour ses sœurs, il paiera pour ses cousins, et jusqu’au dernier de ses descendants. Tant que la Terre sera, il paiera. Shosholoza. Il paiera. Shosholoza. Il paiera, il paiera, il paiera… »

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