Au bon roman – Laurence Cossé
Une agression dans un bois, un accident provoqué, une menace à peine déguisée, … les membres du comité de la librairie « Au Bon Roman » semblent être la cible d’un agresseur décidé et brutal qui ne supporterait pas que les huit membres de ce fameux comité ultra secret choisissent seuls les livres proposés par cet établissement où ne sont vendus que des bons romans comme l’indique l’enseigne. Les propriétaires de cette librairie un peu particulière, véritables amoureux des beaux textes, s’inquiètent et racontent à la police l’aventure de la création de leur commerce et les agressions dont ils sont, sous diverses formes, les victimes depuis un certain temps.
Comment, quand on est un lecteur passionné, amoureux aussi des beaux textes, maniaque des listes et aussi tenté par l’édition sans vraiment l’avouer, ne pas rêver d’être un jour un client et peut-être même un auteur diffusé par un tel établissement ? Comment alors ne pas plonger corps et âme dans ce roman ? Comment ne pas se laisser embarquer dans l’histoire tressée par Laurence Cossé ?
Mais voilà si l’idée est très séduisante, envoûtante même, sa mise en texte l’est beaucoup moins, le discours est un peu grandiloquent, bourré de grands sentiments, encombré par une histoire d’amour pas très convaincante et une intrigue policière encore moins crédible. Ce livre aurait dû rester sur le fil de l’aventure littéraire et de tout ce qu’elle comporte comme aléas en évitant de se disperser dans une intrigue policière qui avorte avant sa conclusion et une aventure amoureuse un peu filandreuse. J’ai aussi quelques doutes au sujet des arguments commerciaux avancés qui ne me semblent pas toujours très évidents.
Je retiendrai donc de ce livre tout ce qu’il nous apprend, ou rappelle, sur le circuit de distribution du livre et sur la massification de l’offre culturelle qui ne répond plus qu’aux lois de la grande distribution, au risque de ne proposer que les œuvres les plus médiocres car les plus faciles d’accès. « L’ordre de la création culturelle a ceci de beau et de singulier qu’il offre de la place à tout le monde. Et on s’emploie à le borner ! On en fait un marché couvert, où quelques best-sellers occupent tout l’espace. On : les éditeurs industriels, les journalistes moutonniers, les grossistes de la culture. » Voilà tout est dit en quelques mots, les librairies ferment, les auteurs ne peuvent plus éditer, la littérature est en danger et les populations ingurgitent des quantités astronomiques d’œuvres médiocres.
Et pourquoi limiter ce raisonnement à la littérature, on voit bien que l’auteur a laissé une porte ouverte pour remettre en cause tout le système de distribution actuel qui privilégie l’offre banalisée, tirée vers le plus bas de la gamme, pour proposer des prix très bas qui laissent cependant des marges très confortables. Cette librairie insolite pourrait donc être la métaphore de ce que deviendrait la distribution en général si les consommateurs prenaient le pas sur les financiers mais il y a bien loin de la coupe aux lèvres et, même si le rêve est beau, la réalité restera bien cruelle pour un bon moment encore. Sauf pour ceux qui font l’effort d’aller au-devant de ceux qui proposent des produits nobles, authentiques et de qualité, un petit espace est encore ouvert pour ceux qui osent l’exigence.
« Comme c’est simple, au fond, … Une centaine de personnes résolues peuvent agiter l’opinion, influencer la presse, accréditer des contre-vérités, désigner des boucs émissaires … » Suivons Laurence Cossé, refusons cette fatalité et opposons la force du choix des consommateurs à la puissance de l’argent des financiers.