16 février 2016 ~ 0 Commentaire

Les neuf consciences du Malfini – Patrick Chamoiseau

Le Malfini, un grand rapace sanguinaire qui règne dans les airs du vallon de Rabuchon – à la Martinique -, s’abat un jour dans le jardin de Chamoiseau et lui raconte une drôle d’histoire. Il lui narre sa rencontre avec l’insignifiant, l’invisible, l’étincelant, le vibrionnant, le colibri qui lui fait découvrir la délicatesse, le raffinement et prendre conscience de son comportement sommaire et brutal. Ainsi, Il apprécie l’art de vivre pour vivre en délaissant l’intérêt immédiat, la fantaisie, l’enthousiasme, l’absence d’a priori, la vie vidée de ses contraintes, l’importance des choses apparemment insignifiantes, ce que l’on ne sait pas voir. « Comme nous ne cherchions rien, nous découvrions tout. »

Deux colibris frères mais très différents rivalisent dans le vallon : l’un, Colibri, parfait, ordonné, organisé, respectueux des règles, l’autre Foufou imprévisible, fantasque, fantaisiste, irrespectueux de l’ordre établi, improvisateur, explorateur, expérimentateur découvreur…, Finalement Colibri expulse Foufou que le Malfini observe avec intérêt dans ses frasques qui s’avèrent être des expériences fondamentales sur le fonctionnement de l’écosystème et de la chaîne alimentaire. Des observations qui permettront à Foufou de sauver le vallon du désastre écologique. « La proximité rend plus menaçante la différence … »

Ce roman animalier pourrait, au premier abord, évoquer « Nuée d’oiseaux bruns » de Ge Fei mais la lecture révèle vite une fable plus proche de « Les lapins et les boas » de Fazil Iskander. On y trouve de la même façon les thèmes de la différence, de la force brutale, de la ségrégation. Chamoiseau introduit cependant une dimension sociale plus politique, plus philosophique : tout ce qu’on apprend au contact des autres sans vanité, seulement pour le plaisir, seulement pour le plaisir d’élargir l’horizon de ses expériences, seulement pour explorer l’espace que les marginaux investissent pour découvrir de nouveaux horizons. L’apologie d’une société pacifique, désintéressée, respectueuse des plus faibles et de son environnement.

Mais cette lecture prend, in fine, la forme d’un manifeste écologique : l’observation de la faune et de la flore, la destruction de la nature par les « Nocifs » (les hommes), une alerte écologique, une catastrophe évitée par la seule ingéniosité de Foufou.

Ce livre c’est aussi une écriture très personnelle, un style qui frôle la grandiloquence sans jamais y sombrer mais un texte qui s’achève pourtant dans un certain obscurantisme qui ne facilite pas la lecture du manifeste écologique que l’auteur souhaite adresser à ses lecteurs. Nous retiendrons cependant cette citation parfaitement claire en forme de conclusion : « Rien n’est vrai, juste ou bon, tout est vivant » car le vivant n’est jamais parfait, il est destructeur par essence. Alors : « Que vivent les croyances ! Que fleurissent les histoires ! Que reviennent les légendes ! Qu’elles aillent au gré de leur propre légèreté et nous laissent la beauté. »

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