04 février 2016 ~ 0 Commentaire

Le Fiasco du Labrador – Margaret Atwood

Même si les dernières nouvelles de ce recueil ne semblent pas se rattacher directement à celles qui précèdent, cette série de textes, présentée comme une collection de tableaux vivants, évoque bien des tranches d’une vie qui serait peut-être celle de l’auteur ou du moins celle que l’auteur aurait pu avoir. Des tableaux qui découvriraient peu à peu l’existence d’une fille coincée entre une mère qui aurait vieilli trop vite et une sœur qui serait née trop tard, avant de se réfugier dans le fond de la cambrousse, sous le regard goguenard des péquenauds du coin, à jouer les apprenties fermières avec le mari de sa meilleure amie qui aurait préféré la suivre plutôt que de vivre avec son épouse, avant de s’achever dans l’évocation de la vieillesse et de la mort.

La vie d’une femme de la deuxième moitié du vingtième siècle qui pourrait être considérée comme une allégorie de la population canadienne possédant encore quelques uns des gènes des pionniers qui ont construit le pays, mais qui sombrerait doucement dans une certaine forme de décadence évoquant la langueur et le renoncement qui prévalaient dans les mouvements hippie des années soixante-dix.

Un recueil de nouvelles qui prendrait la forme d’un roman sous l’œil perçant de Margaret Atwood qui a le don de l’observation des gens, de leur environnement, de leurs sentiments, de leurs émotions et de leur comportement dans une société délétère où les familles se défont, se recomposent, mal, où les mœurs se dégradent, oubliant les vertus des pionniers mais banalisant certaines déviances comme l’usage de la drogue. Un recueil qui décortique tous les passages importants d’une vie : l’enfance, l’adolescence et le passage à l’âge adulte, les premiers émois de la chair, la formation et la décomposition des ménages, l’entrée dans la dépendance et la fin de la vie. Un regard qui embrasserait l’ensemble d’une existence et des rites de transition entre les différents âges dans une société décadente qui aurait oublié ses valeurs et ses fondements. Un peuple de pionniers à l’arrêt qui se ramollirait progressivement et inéluctablement.

Un projet ambitieux qui m’a vite intéressé et qui m’a même, à un certain moment, emballé mais, hélas, le rythme a rapidement baissé, le texte s’est essoufflé, et ma lecture est, elle, devenue plus laborieuse, moins passionnée, même si le style de l’auteur et la judicieuse construction du recueil ne sont nullement en cause. C’est simplement le projet littéraire que j’avais cru deviner au départ qui s’est évanoui peu à peu, avant même la moitié du livre, pour disparaître totalement, ou presque, dans les dernières nouvelles. Mais c’est peut-être moi qui me suis égaré au milieu de ses textes, dommage j’aimais bien l’idée que j’avais forgée au début de cette lecture.

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