29 janvier 2016 ~ 1 Commentaire

L’air de rin – Bruno Fern

On ne peut pas s‘imaginer comme rien occupe de la place, tellement de place qu’après le dictionnaire que lui a consacré Marc-Emile Thinez aux Editions Louise Bottu, cette maison publie un nouvel opus consacré à ce fameux rien qui encombre notre vie : « L’air de rin ». En fait l’air de rin c’est surtout un fil sur lequel Bruno Fern, équilibriste du vocabulaire, a composé des variations à partir de deux vers : l’un de Mallarmé :

« Aboli bibelot d’inanité sonore »

l’autre de Guillaume d’Aquitaine :

«  Ferai un vers de pur néant »

Bruno Fern propose centre-trente-deux variations du premier en application à autant de circonstances ou de contextes. « On le voit, on l’entend : de petits faits quotidiens ou moins, entre humour et mélancolie » comme l’écrit le préfacier Jean-Pierre Verheggen. Je dirai que, moi, j’ai vu beaucoup d’humour, un peu d’espièglerie et quelques petites piques bien affûtées et tout aussi bien ciblées  :

« Lucide : Accomplis coquelicot ta destinée record »

« Faux-cul : Applaudit en plateau mais maudit en dehors »

« Coquet : Assorti aux rideaux le gilet du croquemort »

Et soixante six variations du vers de Guillaume d’Aquitaine, juste la moitié du précédent total :

« Ecrivain : Phraserai matières et compléments »

« En slip léopard : Feulerai par terre face au divan »

« Fan d’Apollinaire : « Fesserai l’postère en versifiant »

Mine de rien, «L’air de rin » est tout de même le résultat d’une longue réflexion et d’un talentueux exercice de créativité accomplis par l’auteur, il n’est pas toujours évident de recréer en de multiples exemplaires ce qui existe déjà en lui donnant à chaque fois un sens, une couleur, une apparence différents mais en lui conservant sa sonorité. Un exercice de fildefériste sur le fil tendu du vocabulaire, un exercice gymnique, où il ne faut surtout pas se prendre les pieds dans le tapis, plein de pirouettes exécutées sur le praticable de la sémantique. In fine, un exercice poétique et vocabularistique qui montre toute l’étendue de la langue française et les multiples usages que l’on peut en faire. Je pourrais conclure avec le lieu commun actuel : Bruno Fern a étiré au maximum le champ des possibles contenus dans les vers de Mallarmé et Guillaume d ‘Aquitaine.

Une réponse à “L’air de rin – Bruno Fern”

  1. Merci à vous, même si c’est avec retard !


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