06 janvier 2016 ~ 0 Commentaire

Nosaka aime les chats – Akiyuki Nosaka

En lisant la biographie de Nosaka, j’ai découvert avec tristesse qu’il est décédé le 9 décembre dernier, apparemment dans la plus grande discrétion, je n’ai vu ou entendu cette nouvelle sur aucun média, peut-être suis-je mal informé. Je voudrais donc que les quelques mots que je vais écrire sur son dernier livre traduit en français, « Nosaka aime les chats », soit mon hommage rendu à cet écrivain qui m’a tellement bouleversé avec sa nouvelle « La tombe des lucioles », il y a déjà bien des années, sûr que je n’oublierai jamais ce texte. Dans le livre qu’il consacre à ses compagnons de vieillesse (c’est tout à fait relatif car il a écrit ce livre alors qu’il n’avait pas encore soixante-dix ans) on ressent, bien que de nombreuses années aient fait leur office, des séquelles de la vie qu’il a subie sous les bombardements et de l’errance qu’il a vécue dans les décombres, vivant de toute sorte d’expédients avant d’être arrêté par la police.

Nosaka n’a découvert les chats qu’assez tard, après les chiens, il n’y en avait pas dans le quartier où il est né. Et, après les bombardements les chiens et les chats avaient disparu de la circulation faute de nourriture ou ayant servi eux-mêmes de nourriture aux humais affamés. Il avoue en avoir lui-même mangé quand il errait dans les décombres de la ville à la recherche de quoi ne pas mourir de faim. La paix revenue, le succès littéraire arrivé, il a adopté des chiens et des chats, il commence son récit en racontant sa rencontre avec son dernier, à l’époque où il écrit, chat. Alors qu’il promenait, comme chaque jour, sa chienne husky, il a trouvé un chaton tout malingre qu’il a ramené à la maison où vivaient déjà cinq chats himalayens qui n’ont jamais réellement accepté le petit dernier, resté à leurs yeux sans doute, un intrus, un petit chat des rues, un sorte de petit voyou.

Nosaka vivait un peu en marge du monde, il avouait n’avoir pas connu beaucoup de succès dans es relations avec les humains, les femmes le fuyaient, les hommes l’évitaient, il avait peu d’amis, il n’avait que deux filles qui constituaient avec sa femme une compagnie où sa place était mesurée. « Les puces de nos chats, ma femme les leur enlève avec le plus grand soin. Les miennes, personne ne s’en soucie ». Ses vrais compagnons étaient les animaux son chien, ses chats, les oiseaux qu’ils nourrissaient et toute la gente animale qui fréquentait sa maison et son jardin. « Je ne vais pas jusqu’à considérer comme des frères l’ensemble des êtres de la création animale mais j’ai de l’affection pour eux ». Il acceptait sans sourcilier de vivre dans une maison dévastée par son chien et ses chats, se méfiait des humains, vétérinaires et autres prétendant traiter les animaux, il pensait, même s’il a passé beaucoup de temps dans les cliniques animalières, que ceux-ci étaient capables de se soigner eux-mêmes sans recourir à la médecine ou à d’autres pratiques. Avec eux, il retrouvait un peu la vie qu’il avait menée dans les décombres de la ville se contendant d’une nourriture frugale et d’une hygiène de vie élémentaire. « Pour quelle raison l’homme est-il le seul à rouler des mécaniques en se prétendant le roi de la Création ? »

L’écrivain passe son temps à observer ses animaux, à essayer de les comprendre, à constater qu’ils ont chacun une personnalité bien définie et qu’ils ne correspondent en rien aux standards énoncés dans les livres de référence. Les animaux sont aussi différents et divers que les hommes ils ont chacun leur caractère, leurs préférences, leurs phobies, leur goût, leurs manies, leurs habitudes,…. Ce sont de vrais compagnons mais aussi de véritables tyrans. « C’est moi qui me dévoue à sens unique, et si je veux bien admettre que ce soit dans l’ordre des choses, je m’estime aussi en droit de les voir esquisser un geste qui m’apporterait quelque consolation, eh bien, je t’en fiche ! » La compagnie d’un animal se mérite.

« Lorsqu’on a des animaux près de soi, la mort devient un événement naturel, il n’est pas besoin d’être un grand sage pour comprendre qu’il ne s’agit que de retourner d’où l’on vient ».  La mort est très présente dans la vie de Nosaka, il a perdu ses parents très jeune, il a connu les bombardements, il a vécu l’horreur, il ne craint plus la mort mais il supporte mieux son approche avec la compagnie de ses animaux qui ont toujours fait preuve d’une très grande dignité au moment où il fallait quitter ce monde.

Ceux qui aiment les animaux de compagnie dévoreront ce livre et ceux qui n’en ont pas comprendront mieux ceux qui en ont mais surtout ils constateront que les animaux ont plus d’humanité que bien des hommes et que la bestialité qu’on prête à certains n’a rien à voir avec le comportement de ceux qui ne sont pas simplement nos amis mais des êtres à part entière.

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