29 décembre 2015 ~ 0 Commentaire

Dix bonbons à l’amante – Julie-Anne de Sée

Dix nouvelles comme dix friandises que l’auteure voudrait offrir aux lecteurs, dix sucreries qu’elle a cherchées tout autour de la planète, de Paris à San Francisco en passant par Séville et Jérusalem, du Kent au Japon en passant par l’Inde et le Brésil et ailleurs encore ; dix récits ancrés dans des mondes très différents, des mondes qui ne connaissent pas le besoin, des mondes de la facilité et de la perversion même quand ils sont fantastiques. Si on pouvait prendre toutes les héroïnes de ces dix nouvelles, les malaxer consciencieusement et en faire un seul et unique modèle, il en ressortirait probablement une belle grande bourgeoise, élégante, apparemment austère mais en réalité un peu nymphomane, prête à tout pour satisfaire ses envies sexuelles plutôt que de quelconques sentiments (« Eléonore était grande, mince, extrêmement élégante, l’apparence sévère de la grande bourgeoise, épouse d’un haut fonctionnaire… »). Elle serait accompagnée du play boy formaté que l’on rencontre en général dans ce type de livre : un bel homme, expérimenté, fortuné, rassurant et endurant comme un hardeur de film X. Et avec ce beau mâle, elle ne rechercherait pas l’amour qui lie et contraint, elle ne se lierait pas pour toujours, elle se contenterait de satisfaire ses fantaisies du moment en gardant bien en main les rênes de son destin. Une femme libre, libre de sa vie, libre de son corps, une femme ayant les moyens de ses envies.

A mon avis, l’originalité de ce texte réside surtout dans l’érudition de l’auteure, elle est capable d’emmener le lecteur dans des mondes extrêmement différents de manière très crédible, elle passe sans aucune difficulté apparente du judaïsme, au Japon des geishas, du réalisme le plus cynique à la fantasmagorie la plus éthérée, proposant ainsi un assemblage de texte très coloré dans une écriture qui ressemble étrangement à ses héroïnes : des phrases lisses, élégantes, fluides, agrémentées de mots très recherchés comme des bijoux intimes sur le corps d’une belle courtisane.

J’ai aussi noté quelques références littéraires ou historiques qui ne peuvent pas échapper aux lecteurs chevronnés : une nouvelle commence exactement comme la fameuse « Histoire d’O » de Pauline Réage, une geisha virtuelle évoque évidemment « L’Eve future » de Villiers de l’Isle-Adam et, pour terminer, la dernière scène d’amour d’un couple dans les ruines de Pompéi qui clôture le recueil dans une dernière étreinte.

« Ainsi s’achève le périple aux Amantes, escales où le plaisir était l’ancrage du navire amarré en des lieux du monde que j’ai aimé parcourir en les écrivant ».

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