19 décembre 2015 ~ 0 Commentaire

Le bambou noir – Jean-Marc Pambrun

Ce livre a, pour moi, une petite histoire, je l’ai acquis au Salon du livre de Paris 2011 des mains mêmes de la fille de l’auteur décédé seulement une quinzaine de jours avant l’ouverture de cette manifestation. J’ai donc lu ce texte avec une émotion particulière. Il raconte environ vingt années de la vie d’un jeune Tahitien en neuf chapitres rapportant chacun un événement particulier dans un temps et un lieu à chaque fois différent.

Ce jeune Tahitien a quitté son île pour découvrir le monde, s’ouvrir aux autres, rompre le confinement insulaire. Au Quartier Latin à Paris, à l’Ecole Nationale des Beaux Arts, il suit sans grande conviction des cours de dessin, il ébauche une esquisse qu’il ne sait pas terminer, il préfère refaire le monde avec ses amis ou l’amour avec la rousse Agathe puis avec sa compatriote Miri. Il est très engagé contre la France colonialiste, capitaliste et fabricante des bombes nucléaires testées dans sa région. La virulence de ses positions provoque la perte de sa bourse d’étude, il rentre donc au pays où il devient un architecte reconnu, viveur, qui s’écarte progressivement de son idéal. Il voulait que son pays ait une autre image que celle véhiculée par les agences de voyages et autres vendeurs de séjours de rêve et que ses concitoyens cessent de s’agiter dans une gesticulation revendicative qui ne faisait pas avancer leur cause. Lui défendait un retour aux valeurs originelles et authentiques à travers l’architecture des maisons traditionnelles pour retrouver l’art de vivre des anciens et le vrai lien qui unit le Polynésien à son sol.

Le texte raconte la vie de ce héros qui s’écoule entre ses rêves prémonitoires et la transcription sur son esquisse des événements annoncés quand ils ont été vécus. Cette esquisse devient ainsi le fil rouge de sa vie et quand elle sera devenue tableau, il aura trouvé le chemin de son existence. Mais avant de trouver ce chemin, il devra affronter sa destinée, ou ses convictions personnelles, seul contre tous, sa famille, son ami et employeur, ses collègues de manifestations, les pouvoirs publics et même Gaston Flosse et Oscar Temaru, les deux grands rivaux politiques du Territoire.

Un livre militant, politique, engagé jusque à la caricature, où l’on retrouve les messages habituellement diffusés dans presque tous les textes revendicatifs des indépendantistes de tous les territoires injustement occupés et des manifestants hostiles au nucléaire. Le héros est un combattant convaincu, prêt à tout sacrifier, y compris sa famille, pour défendre l’intégrité de son île mais un combattant hypersensible à la faiblesse lacrymale affirmée.

Au bout de son engagement, il découvre la corruption institutionnalisée au plus haut sommet du Territoire par des hommes qu’il n’hésite pas à citer et que nous connaissons jusqu’en métropole. Par un long plaidoyer, il invite ses concitoyens qui acceptent sans vergogne aucune de brader leurs traditions et leurs valeurs ancestrales pour adopter un mode de vie importé par le pays colonisateur, à se méfier du temps qui défait tout : l’amitié, le couple, la nature, … quand on ne respecte pas le passé pour construire le futur. La vie n’est que ce temps entre le rêve prémonitoire et la transcription sur son esquisse.

Mais comment relier le héros, le narrateur et l’auteur ? Comme le narrateur cite nommément certains hommes politiques, on peut décemment penser qu’il est de connivence avec l’auteur dont les idées ne sont peut-être pas totalement étrangères à celles du héros. Mais comme Jean Marc Pambrun est décédé, il ne pourra plus jamais nous éclairer.

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