19 décembre 2015 ~ 0 Commentaire

Cela s’est passé au mur – Rainer Hildebrandt

Le 15 juin 1961, Walter Ulbricht, Président du Conseil d’Etat de la RDA, a affirmé lors d’une conférence de presse internationale : « Personne n’a l’intention d’ériger un mur. Les ouvriers du bâtiment de notre capitale s’occupent avant tout de la construction de logements et leur capacité de travail est entièrement consacrée à cette tâche ». Mais le 13 août suivant une ceinture de barrage est érigée autour de Berlin-Ouest à l’instigation des dirigeants de la République démocratique allemande créant ainsi un véritable ghetto.

Rainer Hildebrandt a rassemblé dans cette plaquette de plus de cent pages cent-soixante-dix-sept photos d’époque, toutes agrémentées d’un commentaire circonstancié, témoignant de la construction du Mur de Berlin, de son développement et de la sophistication des installations interdisant le passage entre les deux parties de la ville. Elle relate aussi tout ce qui s’est déroulé sur le Mur, sous le Mur et autour Mur : la construction, le premier jour, le premier mois, la première année, les lieux devenus mythiques (Potsdamer Platz, Friedrichstrasse, Brandeburger Tor, …), les assassinats, les exécutions sommaires, les évasions, les héros, les exactions, les ripostes des Alliés, les instants de tensions extrêmes où l’équilibre du monde a failli basculer. Un ensemble de documents inestimables d’un point de vue historique et historiographique mais aussi des documents d’une très grande émotion comme cette photo montrant une sentinelle de la RDA soulevant, le premier jour de la séparation, les barbelés, tout en regardant avec inquiétude si on le surveillait, pour qu’un gamin puisse passer la frontière pour rejoindre les siens. On sait que cette sentinelle a été immédiatement relevée et l’auteur n’a pas retrouvé la moindre trace de ce soldat. Dans un avant-propos, Ernst Lemmer, délégué spécial du Chancelier fédéral pour Berlin (au moment de la publication du livre, en 1968) relève que : « C’est le mérite de ce livre de montrer ce développement et ses répercussions, de confronter avec la décision purement humaine qui, ici, s’impose à nous ».

L’exemplaire que je possède a été acquis à Berlin même en 1969, il n’est pas luxueux, il est fabriqué avec les moyens du bord dans une économie maximum de papier mais c’est un document chargé d’histoire et d’émotion, il nous rappelle que le monde a failli replonger dans la guerre quand les armées de l’Est et de l’Ouest étaient face à face de part et d’autre de ce funeste mur. Ce livre a été réédité de multiples fois et chaque fois enrichi de l’actualité récente générée par cette frontière artificielle et cruelle, stigmate de la douleur endurée surtout par les plus innocents. Et je suis triste de voir qu’un document d’une telle intensité émotionnelle soit bradé pour quelques centimes sur les sites de vente aux enchères.

NB : ce document est proposé en cinq langues : allemand, anglais, français, italien et espagnol mais j’ai vu, sur les sites de vente aux enchères, des éditions unilingues.

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