30 novembre 2015 ~ 0 Commentaire

L’ultime tragédie – Abdulai Sila

Abdulai Sila présente ce texte comme une tragédie qui comporte bien les éléments nécessaires à toutes bonnes tragédies notamment la force du destin à laquelle le héros, l’héroïne en la circonstance, n’échappe pas, mais moi j’ai aussi eu l’impression qu’il ressemble étrangement à un conte, une lavane, africain. Un conte pour dire toute la distance qui existe entre le monde des hommes blancs responsables et celui des hommes noirs soumis à leur destin depuis la nuit des temps.

Un conte qui raconte l’histoire de Ndani, jeune fille bissau-guinéenne, chassée de son village parce qu’elle est habitée par le mauvais œil et qu’elle portera toujours malheur à tous ceux qui voudraient partager sa vie. Acceptée dans une famille européenne qui veut la « blanchir » en la christianisant, elle est agressée sexuellement par le mari et doit quitter son emploi pour rejoindre honteusement son village où le « régulo », chef local, du village voisin la débusque pour en faire sa sixième épouse, celle qui lui apportera le prestige nécessaire à sa lutte contre l’administrateur colonial. Après le décès de ce mari prestigieux, elle tombera amoureuse du jeune enseignant indigène récemment arrivé au village mais la malédiction ne sera pas forcément éteinte. La tragédie de Ndani réside, comme la tragédie africaine, dans le fait d’avoir voulu échapper à son sort africain en adoptant les croyances et le mode de vie des Blancs.

Ce texte est un virulent réquisitoire contre la colonisation, non seulement sous sa forme violente et humiliante, mais surtout sous son aspect paternaliste, apostolique et éducatif qui permet aux Blancs d’imposer leurs mœurs et leurs croyances au peuple noir. Il démontre très clairement que le monde des Blancs est tout à fait incompatible avec celui des Noirs, même l’éducation que les Blancs voudraient inculquer aux Noirs n’est pas adaptée à leur mode de vie et à leur façon de concevoir le monde. Le « régulo » qui voulait s’entourer de gens qui pensent, échoue dans sa mission comme l’éducation ne parvient pas à chasser le mauvais œil qui habite la pauvre Ndani. L’éducation proposée par les Blancs qui pensent avoir une mission à accomplir en terre africaine, une mission évangélique et patriotique, n’est destinée qu’à faire des Bissau-guinéens des bons sujets portugais en sauvant leur âme au passage.

Abdulai Sila dénonce ainsi le colonialisme insidieux contraire aux intérêts du peuple noir qui, selon lui, ne pourra trouver un avenir que dans un retour à son africanité, à ses origines, à sa culture, à ses mœurs et coutumes mais les hommes blancs « … lui parlèrent des choses du Ciel alors qu’il voulait discuter des choses de la Terre ; ils lui parlèrent du passé alors que sa préoccupation était le futur ; ils lui parlèrent de choses qui s’étaient passées sur des terres lointaines et sacrées alors que son problème était local et profane ». Le poète l’a dit, Il n’est pas possible de réunir Chthonos et Ouranos dans un même culte et une même culture, l’Afrique appartient au monde de la terre et les Blancs au monde du ciel comme l’Afrique appartient aux Africains, les Blancs ne peuvent pas les comprendre et ne les comprendront jamais, ils doivent partir et les laisser face à leur destin avec leurs croyances et leurs coutumes. « Le Blanc pense à tout, mais la tête du Blanc n’est pas plus grande que celle du Noir… »

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