28 novembre 2015 ~ 0 Commentaire

L’or – Blaise Cendrars

Sous la plume de Blaise Cendrars, « L’or » c’est l’histoire d’une malédiction, celle infligée à son compatriote Johann August Suter émigré en Californie où il a construit une immense fortune totalement détruite par la découverte sur ses terres, en janvier 1848, des premières pépites d’or de Californie. « La merveilleuse histoire du Général Johann August Suter » comme il a sous-titré cette biographie écrite sous forme d‘un roman d’aventure, d’une épopée dans l’Ouest américain, pourrait figurer aux côtés des nouvelles écrites au début du siècle dernier par Jack London et publiées dans le fameux recueil « La ruée vers l’or ». Jack London est, bizarrement, probablement né sur un des terrains revendiqués tout au long de sa vieillesse par Johann Suter. L’or semble avoir relié les deux personnages mais ce n’est pas étonnant puisque London est né à San Francisco quelques années avant que Suter décède, seulement quelques années après qu’il a quitté la Californie pour la côte est.

Johann August Suter, issu d’une famille de la bourgeoisie industrieuse et commerçante suisse de la région bâloise, fait de mauvaises affaires, plaque tout : famille et créanciers, pour partir à la découverte de l’Amérique où il ne sera pas poursuivi. Il entreprend un long périple d’abord à pieds par la Franche-Comté et la Bourgogne avant de rejoindre Paris par le coche. Il ne s’y arrête pas beaucoup, file vite vers Le Havre où il embarque pour New-York où il exerce mille métiers pour mille misères et trempe dans autant de carambouilles pour autant de misères. Il comprend vite que l’avenir est à l’ouest, il s’installe d’abord dans le Missouri où il écoute attentivement tous ceux qui reviennent de l’ouest et comprend tout aussi vite qu’au-delà des grandes montagnes, il y a un pays à conquérir. Il entreprend une nouvelle expédition vers Vancouver d’où il gagne Honolulu puis les Aléoutiennes et enfin San Francisco qui n’est alors qu’une minuscule bourgade.

Arrivé sur sa terre promise, il travaille très fort, entreprend beaucoup, et tente de nombreuses innovations en commerçant avec les Russes, les Chinois et tous ceux qui traversent le Pacifique, il a même l’idée de faire venir des Canaques à la place des Noirs qui reviennent trop chers à importer d’Afrique en Californie. Son sens politique avisé lui permet d’éviter les embûches des guerres entre les Espagnols et les Américains et d’obtenir des territoires très importants en rendant service au pouvoir local dans la lutte contre les Indiens. Il construit ainsi un immense empire où il implante des fermes et des établissements pour la transformation de ses productions. Vers le milieu du XIX° siècle, il est devenu l’un des premiers géants de l‘économie américaine avant qu’apparaissent ceux de l’automobile, du pétrole, etc… Il est à la tête d’un énorme trust qui intègre la filière agricole de la production au négoce. Il possède la quasi-totalité de la Haute Californie.

Mais ce bel empire va un jour s’effondrer irrémédiablement quand un de ses forgerons, James Marshall, découvre des pépites d’or en creusant les fondations d’une scierie. Les ouvriers vont déserter, un flot énorme de chercheurs d’or va déferler sur ses territoires volant tout, cassant tout, emportant tout… Il se relève, rechute, conteste, devient quasiment fou, espérant toujours justice pour tout ce dont il a été spolié dont la quasi-totalité de l’emprise foncière de la ville de San Francisco.

Ce livre, c’est l’origine de la ruée vers l’or, l’histoire de la naissance de l’Etat de Californie, de la fondation de San Francisco, l’épopée extraordinaire d’un pauvre suisse failli mais surtout l’histoire d’une malédiction, de la malédiction de l’or qui rend fou aussi bien le vieux Suter qui croit posséder une part de tout l’or trouvé ou à trouver en Californie, que son forgeron qui voit de l’or partout depuis qu’il a ramassé les premières pépites. Cendrars est allé au-delà de l’épopée, la folie le hantait, il l’a trouvée dans cette aventure où l a voulu voir une forme de morale : la fortune mal acquise rend malade et condamne ceux qui en profitent.

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