28 novembre 2015 ~ 0 Commentaire

Libertinage à Bel-Amour – Marcel Nuss

Marcel Nuss, lui-même lourdement handicapé par une amyotrophie spinale, est un essayiste qui s’est particulièrement intéressé à la sexualité des personnes handicapées afin de démontrer qu’elles ont, tout comme les valides, des désirs, des envies et des fantasmes qu’elles ont toutefois plus de mal à assouvir. Pour le présent ouvrage Marcel Nuss a abandonné, provisoirement probablement, le domaine des essais pour se consacrer à la fiction pure à travers laquelle il cherche également à démontrer que, malgré son handicap, sa libido et son imagination ne sont nullement atteintes et qu’il peut se glisser dans la peau d’une jeune femme peu farouche étalant ses désirs et ses envies sans la moindre pudeur.

Il devient, le temps de cette fiction, la belle Héloïse, une jeune femme délurée qui épouse un vieil aristocrate libidineux pour s’assurer une situation financière confortable sans renoncer à ses escapades extra conjugales. Dans un clin d’oeil à Constance Chatterley, elle finit par séduire le garde pêche de son époux et même la femme à tout faire du domaine. Après le décès du vieux comte se forme ainsi un trio tutoyant plus souvent le vice que la vertu sans pour autant importuner qui que ce soit. L’auteur dénonce ainsi ceux que Rabelais interpellait déjà à son époque dans une célèbre diatribe qui aurait pu inspirer Marcel Nuss : « Le peuple est essentiellement composé de tartufes, de petits vicieux qui s’en foutent plein la vue entre les quatre murs de leur chez-soi. De mecs qui se lècheront les babines en lisant mon bouquin tout en grognant : « Oh, la salope ! D’où elle tient des idées pareilles, cette nana ? Elle a le diable au corps » diront-ils alors qu’ils ne connaissent même pas Raymond Radiguet, les incultes ».

L’auteur nous montre une jeune femme heureuse de jouir sans retenue de son corps et de sa santé mais n’oublie pas que tout est éphémère sur notre planète mais que ce n’est pas une raison pour renoncer aux plaisirs d’aujourd’hui. « Rien n’est jamais gagné d’avance, la vie peut s’arrêter à n’importe quel moment. Et alors, faut-il pour autant ne plus oser vivre ? Faut-il cesser d’aimer et de désirer parce que sa queue a un passage à vide ? »

J’ai été attiré par ce livre non pas parce que je doutais des capacités de l’auteur à nous livrer ses fantasmes avec le poids du handicap qui l’accable mais je voulais surtout voir comment il pouvait rédiger un texte cohérent, fluide, dans un style littéraire correct en dictant les mots un par un sur un appareil de reconnaissance vocal. Le résultat est assez saisissant, le lecteur non averti ne pourrait absolument pas croire un instant que ce texte a été quasiment ahané mot à mot à une machine qui n’a fait que de le reproduire. Rien que pour cette performance, l’auteur mérite déjà largement notre reconnaissance et nos compliments. J’ajouterai que ce texte est parfaitement écrit et qu’il peut figurer dans la bibliothèque de n’importe quel lecteur averti ou assez ouvert d’esprit.

Laisser un commentaire

An Other Fake Artist |
Nouvelleshorrifiques |
Twexter |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | FUYONS, LISONS !
| Taqbaylitiw
| Debauchesetperversions