27 octobre 2015 ~ 0 Commentaire

Souvenirs d’un enfant des rues – Mansour el Souwaim

Ecrire ça peut aussi servir à raconter et Mansour El Souwaim sait très bien le faire, il sait magnifier la misère et le malheur pour en tirer une grâce divine ou un avantage juteux. Il nous rappelle les contes orientaux et les histoires fabuleuses qui ont enchanté les Francs lors des croisades et qui fascinent, aujourd’hui encore, de nombreux lecteurs occidentaux. Avec ce livre, il nous raconte une histoire qui pourrait tout aussi bien être un conte que le récit de la vie d’un pauvre gamin handicapé et abandonné. Le vrai et le faux s’enlacent dans un récit plausible et peut-être aussi allégorique.

Au Soudan, à Khartoum, Adam, un jeune garçon paralysé des jambes, resté seul après le décès tragique de sa mère, est recueilli par les clochards de la mosquée. Il est confié à la famille de Wahiba qui l’élève et lui enseigne l’art de la mendicité, il apprend vite, très vite, il est intelligent, doté d’une forte mémoire et d’un membre de belle taille. Sa fabuleuse mémoire lui permet d’apprendre par cœur, avec un vieux religieux, de très nombreux textes sacrés qui lui sont fort utiles quand il est obligé de collaborer avec un cheikh véreux qui arnaque des femmes, surtout, riches et naïves, croyant fermement en sa pseudo magie. Il fuit la claustration et l’aisance matérielle pour rejoindre les « chamassas », des petits voyous drogués à la colle qui traînent dans les rues autour de la mosquée, vivant de combines et de rapines. Mais un nouveau dictateur décide de nettoyer les rues et Adam qui est devenu Kasshi, le cassé, est embarqué dans un camp où il est affecté aux cuisines avec un vieil handicapé qui lui enseigne l’art de vivre en détention. Quand la prison est vidée, c’est le retour à la rue, à une prospérité aléatoire, à un nouvel épisode pénitencier, de nouvelles combines de détenus, une nouvelle libération, une nouvelle prospérité provisoire… et roule s’enroule la vie de Kasshi en une spirale de violence, de brutalité, de combines juteuses, de trafics, de fuites, d’emprisonnement, de misère, d’opulence… que seule la mort semble pouvoir interrompre.

Un récit riche, vivant, alerte, qui raconte la misère des marginaux dans une grande ville d’un pays trop pauvre pour nourrir toute sa population où les enfants sont souvent livrés à eux-mêmes, à la drogue, à la menace du SIDA, à la vindicte de la police… trop occupés à survivre pour trouver le temps de se lamenter et de geindre, trop occupés à trouver de quoi manger et où dormir pour vivre un jour de plus. Un texte fataliste en forme de rapsodie, comme beaucoup de textes arabes, après la pluie viendra toujours le beau temps, après les jours de disette viendront les jours de vaches grasses, un handicap comme une tare n’est jamais définitif, il peut se transformer en avantage, à la grâce de Dieu, telle est la volonté d’Allah. Mais l’auteur n’est pas totalement candide, il sait bien que certains profitent, sans vergogne aucune, de la candeur et leurs concitoyens pour monter des embrouilles très juteuses. On pourrait même le soupçonner de dénoncer la facilité avec laquelle certains se laissent manipuler par des prétendument religieux et enfermer dans des croyances obscurantistes les abandonnant à la merci de ceux qui disent connaître la bonne parole.

Ce texte est aussi un belle dissertation sur le temps, le temps vu et vécu par les Arabes qui n’est pas celui des Occidentaux, mais celui qui se conjugue au présent, le passé appartenant à ceux qui prétendent détenir la parole divine et l’avenir étant tellement loin et tellement aléatoire qu’il n’appartient qu’à ceux qui manipulent les autres. « Nous progressions. Nous touchions au but. Nous grandissions et (nous) nous affirmions comme la plus grande supercherie de la ville. Nous étions le mensonge par excellence ».

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