22 octobre 2015 ~ 0 Commentaire

Joao Vêncio : ses amours – José Luandino Vieira

En prison à Luanda, João Vêncio raconte à un auditeur inconnu et mystérieux ses trois amours, les trois amours qu’il avait quand il avait huit ans : Maristella la petite Capverdienne qui s’est prostituée à douze ans, Tila la belle femme du « diplômé » qui l’a repoussé violemment quand il lui a avoué qu’il voulait l’épouser après avoir tué son mari, et Mimi, le petit blondinet frisé qui était son véritable amour et qui est mort bien trop vite. Une étoile à trois branches avec en son centre Florinha, la prostituée qui déniaisait ces gamins plus par désespoir que par vice. Pour João, l’amour n’est pas exclusif, il est inclusif, il peut accueillir plusieurs membres.

Avec Maristella, il a appris à attraper les oiseaux par amour pour cette fille, elle leur crevait les yeux pour qu’ils chantent mieux ; avec la femme du « diplômé », il n’avait envie que de tuer celui-ci pour posséder son épouse et avec Mimi c’était l’amour, l’amitié, « l’amouritié » que personne ne pouvait comprendre et qui fut fatal au blondinet. « Mon ami, Mimi le seul pour qui rien que de dire « ami », mon cœur gambade, avec lui on pouvait trouver l’innocence du paradis – et Dieu voulait pas, nos quéquettes se cognaient, zennemies ». L’innocence, les blessures, les frustrations, les lésions, les envies, les rêves de l’enfance qui sont tués par l’intolérance, les croyances, la morale, les intérêts qui conditionnent la vie des adultes. Tuer par amour, être tué à cause de l’amour, João explique qu’il a trouvé un chimpanzé blanc dans le lit de sa femme adorée et qu’il a voulu laver la souillure.

Un texte original constitué de phrases courtes, proches du langage parlé des quartiers pauvres de Luanda, les « mounèques ». Un ragoût, un « mouamba », de langues, idiomes et autres formes d’expression, allant du portugais au latin d’église en passant par le quimbundo et le capverdien et encore quelques autres parlers du « mounèques » de João. Une mixture de mots inventés, de mots savants, de mot métis, de mots traditionnels, de mots musique, des mots sucrerie, des mots qui racontent, expliquent, gémissent mais jamais ne se lamentent. Un texte à l’image de ce peuple mêlé, cosmopolite, anarchique, désorganisé, déstructuré et pourtant plein d’amour et de poésie.

Un Peuple de misère, noirs, noirs-noirs, petits-blancs, blancs-noirs, …, peuple d’en-bas qui n’est jamais invité aux fêtes du quartier d’en-haut, dont la seule préoccupation est, chaque jour, de trouver de quoi manger pour vivre encore demain. João, comme les autres, cherche sa pitance quotidienne mais ne s’abaisse pas à travailler pour un patron, « je ne remplis pas les ventres des autres avec la sueur de mon front ». La fatalité, conjuguée à la misère, qui fauche, sans pitié ni discernement, la jeunesse, est acceptée avec dignité et résignation. Mais, dans ce syncrétisme fondant rites païens issus de la tradition africaine et religion importée par les colons blancs, la notion de culpabilité affecte João, ancien séminariste, qui ne peut plus se contenter de la vie au jour le jour et doit penser à son avenir dans l’au-delà.

« La vie est très incomplète. Si je pouvais, ce serait une croisade : à chaque jour sa voie, à chaque vie sa loi. »

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