03 octobre 2015 ~ 0 Commentaire

Invitation au crime – Joseph Sheridan Le Fanu

Le Fanu plante le drapeau noir au cœur de la verte Erin pour nous raconter la tragique histoire de l’Honorable Richard Marston propriétaire d’un vieux manoir dans les environs de Chester. Cet aristocrate quinquagénaire mène une vie paisible mais austère, dépourvue d’amour et de tendresse avec sa femme qu’il néglige et sa fille qui est chaperonnée par une étrange gouvernante française au comportement particulièrement ambigüe. La vie de cette famille va brusquement basculer dans la tension, l’angoisse et enfin l’horreur quand un ancien collègue d’études, rival en amour, va s’inviter au manoir.

Ce roman publié en 1851 est considéré, selon l’éditeur actuel, comme l’un des premiers romans policiers. Le Fanu maîtrise parfaitement tous les ressorts du roman noir et sait très bien créer une atmosphère lourde et une ambiance oppressante, dans un cadre majestueux mais triste et ténébreux. Dès les premières lignes du roman, il dresse un portrait inquiétant et un brin sinistre des lieux où vont évoluer les protagonistes : « A une vingtaine de mille de l’ancienne ville de Chester, en direction du sud, s’élevait, vers la fin du siècle dernier, une grande demeure, déjà en ce temps-là démodée. Elle était située au centre d’un domaine richement boisé d’arbres vénérables. Malgré la sombre majesté de ces futaies géantes et des vallonnements sur lesquels elles croissaient, l’endroit n’avait rien d’agréable. Il respirait la négligence et la ruine. Une indescriptible et sombre tristesse en émanait. Au clair de lune, les clairières et les combes prenaient une terrifiante allure spectrale et se vêtaient d’une sorte de solitude funèbre. Et même quand l’aurore embrasait les grands bois, le spectateur de ce baiser avait le cœur étreint de tristesse plus que de joie. » Le décor est planté, le récit est à l’avenant, malheureusement le dénouement n’est pas à la hauteur de ce qui le précède. Et malgré sa réputation un peu sulfureuse, j’ai l’impression que Le Fanu n’est pas allé au bout de la transgression et que la morale le gêne encore un peu aux entournures mais nous ne sommes qu’au milieu du XIX° siècle et le livre est bon bien qu’il soit court, ce qui prouve qu’on peut créer un monde et des personnages sans « pisser » de la copie.

A mi-chemin entre le roman gothique et le roman victorien, Le Fanu, avec son compère anglais William Wilkie Collins dont j’ai lu « Secret absolu » il y a quelques mois seulement ce qui me permet d’apprécier le parallèle évident entre les deux romanciers, a ouvert une route où de très nombreux auteurs de romans noirs se sont engouffrés.

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