30 septembre 2015 ~ 0 Commentaire

Le trou dans le mur – Michel Tremblay

« Il ne voyait pas la porte ! La porte n’existait que pour moi ! » François Laplante qui erre sur la Main, à Montréal, pour meubler un dimanche après-midi d’ennui, remarque pour la première fois une porte dérobée sur la façade du Monument-National et il ne peut résister à la tentation de l’ouvrir et de descendre l’escalier qu’elle dissimule. Au bas de celui-ci, il trouve un étrange tableau composé de tous les anciens traîne-misère qui ont vécu sur la Main à la grande époque où ce quartier était à la mode. A son approche ce tableau s’anime et les personnages lui demandent d’écouter leur confession car sans celle-ci, ils ne pourront pas obtenir la rémission de leurs péchés et accéder à leur paradis, celui des fantômes du théâtre, à l’étage supérieur. Tous veulent y aller car « en haut c’est l’avenir, la vie qui continue » et quitter ce sous-sol «parce que là se trouve la pire punition de ce maudit endroit on y vieillit comme ailleurs, mais sans espoir de jamais mourir. » Et ainsi, il va recevoir la confession d’une chanteuse ratée, d’un joueur de « ruine babines » miséreux, d’un comédien déchu, d’un travesti lamentable et pathétique et de leur cruel bourreau, celui qui les a expédié dans ce purgatoire avant d’y être lui-même envoyé.

Avec cet habile procédé littéraire qui mêle fiction et fantastique, Tremblay évoque, à travers ces cinq portraits, le quartier de la Main, à Montréal, à l’époque où la vie y grouillait, animée par tous les marginaux, les « nobodies », de la ville, ceux qui vivaient de tous les trafics possibles y compris de la vente de leurs charmes, ou de celui des autres, que souvent ils n’avaient plus et n’avaient même jamais eus. « Tous des pauvres hères, filles et garçons, qui se sont sauvés de chez eux trop jeunes et qui croient atteindre la liberté en tournant le coin de la Main et de la Catherine, alors que c’est la plupart du temps dans l’esclavage, celui du cul, celui de la drogue, celui de la boisson, qu’y plongent. »

Ce livre évoque aussi avec adresse le problème de la faute, du péché, du pardon et de la rédemption qui passe nécessairement par la confession. Mais ce livre va un peu plus loin et traite aussi d’une certaine fatalité, comme une forme de déterminisme, qui affecte les plus démunis ou ceux qui n’ont pas reçu le petit coup de pouce de la chance au moment nécessaire et qui basculent dans la marge et tout ce qu’elle implique. Ou ceux qui ont voulu provoquer la chance en cherchant une gloire artificielle comme revanche sur la vie.

En tout cas, un excellent livre construit avec une grande habilité sur un très bon rythme et à l’aide d’une langue goûteuse qui fait revivre intensément tout un quartier et toute une époque, on se croirait sur les « Fortifs » à l’époque de Maurice Chevalier, à travers ces cinq scènes qui sont comme cinq petits films en noir et blanc ou en couleur selon qu’on évolue dans la vie réelle ou dans l’autre vie. Et la vie finalement n’est-elle pas un film dont le scénario serait écrit à l’avance et nous échapperait totalement ?

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