30 septembre 2015 ~ 0 Commentaire

Le Cercle fermé – Jonathan Coe

Mon Dieu comme il est difficile d’affronter la quarantaine pour les bobos anglais, entre Londres et Birmingham, au tournant du II° millénaire mais c’est encore plus difficile de le raconter et il faut plus de cinq cents pages à Coe pour nous faire comprendre toute la déception, l’amertume et même l’aigreur de ces pauvres quadras qui étaient déjà les acteurs d’un précédent ouvrage, « Bienvenue au club », qui les mettaient en scène dans toute la vigueur de leur jeunesse et avec toutes leurs ambitions dans les années soixante-dix.

Coe reprend donc cette bande d’amis à peu près vingt ans après les avoir abandonnés, au moment où Claire vient de quitter Stefano en Italie pour rentrer à Birmingham où elle retrouve les frères Trotter, Benjamin toujours aussi taciturne et toujours dans l’espoir de publier le livre qui révolutionnera le monde de l’édition et Paul qui a choisi la politique qu’il exerce sans scrupule mais avec beaucoup d’ambition. Elle retrouve aussi Doug Anderton, le journaliste qui a fait un mariage opportun et son ex-mari Philippe échotier local, désormais remarié avec Carol, qui élève leur fils Patrick.

Ces quadras vivent dans un confort plutôt douillet, car dans ce roman il n’y a que des gens aisés ayant des jobs valorisants comme dans les « sitcoms » américaines, mais tous sont tout de même en proie à un quelconque mal de vivre qui affecte, en général, les personnes qui n’ont pas assez de problèmes dans leur quotidien. Ils ne trouvent plus une satisfaction suffisante auprès de leur femme qui est devenue mère de famille, ou s’est aigrie en ne le devenant pas, et se trouvent ainsi disponibles pour d’autres aventures avec des femmes plus ou moins consentantes ou même carrément disponibles elles aussi. Mais ce mal de vivre peut également trouver ses origines dans le monde du travail où leur talent n’est pas forcément reconnu comme il pense qu’il devrait l’être, ou encore dans le contexte politique qui les amène à renier leurs idéaux de jeunesse et à accepter des compromissions pour assurer leur statut social et leur avenir.

En renouant, vingt ans plus tard, les liens qui les avaient réunis, ses amis de jeunesse vont retrouver leurs souvenirs et rechercher les premiers émois qui les ont agités sur les bancs de l’université, sur fond d’espoirs déçus ou d’ambitions avortées dans un contexte de politique réaliste conduite par le parti travailliste qu’ils ont porté au pouvoir et qui les déçoit vivement face à une conjoncture économique de plus en plus tendue. Et, Coe conduira cette petite bande fâchée avec son idéal jusqu’à un happy end final digne d’un bon roman à l’eau de rose où la simplicité et l’humilité sont toujours récompensées par un amour frais comme un premier amour.

Roman d’une génération qui avait de grandes ambitions et un immense idéal qui ont sombré avec la fin des trente glorieuses, et qui a dû faire face à une conjoncture économique devenue plus difficile et à de nouvelles tentions politiques issues de la déconfiture du bloc communiste et de la montée des intégrismes. Mais roman qui ne va pas assez au fond des choses, qui surfe trop sur la vague des lieux communs et des idées reçues et qui se termine dans un optimisme béat qui ne s’imposait pas forcément au moment où Coe a rédigé ce livre, et nous sommes bien placés pour le savoir aujourd’hui.

Même si les ambitions de chacun s’effilochent avec le temps, la vie reste belle car toujours l’amour finit par triompher même si Blair ne conduit pas les Anglais vers l’avenir le plus radieux. La réalité prend le pas sur les rêves et nos quadras trouvent vite la solution à leur mal être en révisant leurs ambitions à la baisse pour ne pas galvauder leur idéal et leurs amours de jeunesse. Et, ainsi, toujours le cercle se referme….

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