21 septembre 2015 ~ 0 Commentaire

Lettres de Paris – Ezra Pound

« Presque tous les grands poètes américains ont commencé à écrire les yeux tournés vers la France… » Mais, quand Ezra Pound arrive à Paris, en septembre 1920, il n’est plus un débutant depuis longtemps et il n’arrive pas des Etats-Unis mais de Londres qu’il a quittée pour une sombre affaire où son égo était en jeu. C’était pour lui une bien belle occasion de venir voir cette ville de plus près, cette ville qu’il estimait plus que Londres, cette ville où régnaient Gide, Proust et Valéry mais où les jeunes loups étaient prêts à tout dévorer. « L’Angleterre semble avoir amassé tous les débris de la guerre ; la France, bien que dévastée, possède en tous cas un espace clair et -…- au moins un groupe déjà nettement démarqué, quoique divergent, d’écrivains ayant plutôt moins de quarante ans qui écrivent sans fumisterie, sans jalousie, sans avoir l’œil sur quelque marché que ce soit. »

Il séjourne ainsi à Paris, de septembre 1920 à Février 1923, comme correspondant européen du journal américain The Dial auquel il adresse ses fameuses lettres de Paris sur la littérature bien sûr mais aussi sur les autres arts et sur des questions plus économiques, religieuses et politiques comme le montre la sélection effectuée par l’éditeur. « C’est un écrivain à la recherche de valeurs, autant littéraires que morales ou politiques, qui écrit sans perdre de vue qu’il vise un public bien précis,… »

De son observatoire parisien, avec ses contacts à Londres, il adresse aux Américains ses impressions sur l’évolution de la littérature en Europe de l’Ouest, il parle surtout des écrivains qu’il apprécie particulièrement James Joyce et TS Eliot Outre-manche, Flaubert principalement en France mais aussi Paul Morand. Pour lui, tout commence avec Flaubert et tout explose avec Joyce, dans son Ulysse. « On peut considérer Bouvard et Pécuchet comme le commencement d’une nouvelle forme de littérature… Depuis Flaubert, personne à l’exception de James Joyce n’a eu l’énergie, le courage, la patience d’entreprendre la tâche. »

Nationaliste mais en même temps internationaliste, monothéiste, il ne craint pas non plus de parler de politique ou d’économie et d’évoquer la marchandisation de la littérature qui, en Amérique, n’est plus jugée qu’à l’aune des publicités qu’elle peut drainer dans la presse. Il déplore le temps où les mécènes pouvaient entretenir des écrivains talentueux et pousse une sévère charge contre les fléaux du paternalisme, de la bureaucratie excessive, des formulaires, règlements, passeports à court terme et tout ce que les gouvernants inventent pour empêcher les artistes de créer en toute quiétude. « Nous sommes gouvernés par des mots, des lois sont taillées dans des mots, et la littérature est le seul moyen pour garder ces mots vivants et précis. »

Son regard sur les autres arts est tout aussi sévère : la faillite des architectes, le mépris pour les sculpteurs et la déception avec le théâtre, constituent un bien pâle bilan, seule la littérature a un quelconque intérêt et il laisse comme un testament à l’usage des apprentis écrivains qui voudraient laisser une trace dans l’histoire de cet art. « Comme si le triomphe et l’un des plus grands triomphes possibles d’un grand écrivain n’était pas dans le fait précisément qu’il passe à travers sa coquille personnelle, ses pantoufles, son châle écossais, etc. et parvienne à devenir pour une époque, une génération, une période de cinq ou dix siècles, le symbole, le signe, le sceau de la grande qualité, la « voix éternelle », « l’afflux et le tonnerre », le « mot juste » malgré sa cécité, sa mendicité ou ses flirts de banlieue. »

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