16 septembre 2015 ~ 0 Commentaire

Le rêve du village des Ding – Yan Lianke

Dans ce roman en forme de pamphlet, Yan Lianke donne la parole au petit-fils du grand-père Ding qui a été empoisonné par des personnes voulant se venger de son père qui a fait commerce du sang pendant dix ans, en s’enrichissant grassement, avant que l’épidémie éclate. L’enfant décédé raconte comment cette épidémie s’est déclarée après la collecte effrénée du sang par l’administration puis par des marchands sans scrupule qui, tels des vampires, ont vidé les populations de leur sang tout en leur injectant le virus au moment des transfusions effectuées sans aucune hygiène.

En se fondant sur l’histoire réelle du sang contaminé qui a ravagé certains villages de la plaine du Henan ayant vu jusqu’à quatre-vingt pour cent de leur population infectés, Yan Lianke dresse un réquisitoire sans concession contre l’incurie de l’administration chinoise, la corruption généralisée des cadres locaux du parti et la cupidité des marchands de sang.

Il raconte comment le village, vidé de ses forces vives, essaie de faire face à la maladie et aux difficultés qui en découlent en rassemblant les personnes contaminées dans l’école sous la direction du grand-père qui se démène pour faire face à toutes les difficultés qui s’abattent sur cette communauté. L’espérance de vie étant devenue très mince pour la plupart des habitants, les conditions de vie changent énormément. L’urgence de vivre impose de nouveaux comportements. « De toute façon, nous allons bientôt mourir. Le qu’en-dira-t-on, on s’en fout. » Et, même si ces gens vont mourir bientôt leurs petits travers ne disparaissent pas, au contraire, ils s’exacerbent de plus en plus et prennent des proportions si importantes que la vie en communauté devient très difficile. Le vol devient une pratique courante, la chasse aux voleurs une activité habituelle.

Mais, le souci principal de ces pauvres gens, frappés injustement par cette terrible maladie, est de s’assurer qu’ils auront un vrai cercueil en bois pour leurs obsèques et qu’ils ne seront pas laissés comme des chiens sur le bord d’une route. Ils espèrent tous en une autre vie, dans l’au-delà, qui sera plus agréable et moins douloureuse que celle qu’ils vont quitter. C’est une aubaine pour les marchands cyniques qui vont leur vendre les cercueils offerts par le pouvoir et organiser des mariages avec des morts pour que les mourants aient la vie qu’ils souhaitent dans cet autre monde qui les fait plus rêver que les promesses du « Grand Soir ». « Pour avoir une belle tombe, je serais prêt à attraper cent fois la maladie ! »

Ce roman pamphlet, s’il est une charge sévère contre l’incapacité du régime, est aussi une dénonciation de la société de consommation sauvage que les apparatchiks, enrichis par des sinécures juteuses, et des affairistes cupides et avides, instaurent pour leur plus grand profit au détriment d’une population très amoindrie par l’épidémie. C’est aussi la mise en exergue de toutes les faiblesses de l’humanité qui, dès que les conditions deviennent plus difficiles, se réfugie dans un individualisme égoïste au détriment de l’intérêt général. Malgré, l’échéance fatale et proche, les individus pensent plus à la qualité de leurs obsèques qu’à la survie des leurs. Le paraître et toujours plus important que l’être comme dans de nombreuses situations sous bien d’autres cieux. Il semblerait que Yan ait aussi voulu, à l’occasion de cette épidémie, montré que l’individu, dans ce type de régime, perd vite son sens critique et devient une proie facile pour les apparatchiks ambitieux et les marchands dénués de scrupules.

Laisser un commentaire

An Other Fake Artist |
Nouvelleshorrifiques |
Twexter |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | FUYONS, LISONS !
| Taqbaylitiw
| Debauchesetperversions