Qui touche à mon corps je le tue – Valentine Goby
Un livre de plus sur l’avortement et la peine de mort, peut-être, mais Valentine a su éviter le piège du discours didactique et moralisateur sur ces sujets déjà très débattus, elle a su trouver un angle plus personnel, très charnel pour faire parler les corps sans tomber dans un militantisme pathétique, en reconstituant la chaîne de la mort qui réunit la destinée de ses trois personnages : Lucie, la cantatrice adulée qui ne peut pas se permettre une grossesse sans compromettre sa carrière, Marie, la faiseuse d’anges mal mariée qui gagne ainsi un peu d’argent pour essayer de réaliser ses rêves d’enfant, Henri le bourreau qui exécute les hautes œuvres avec dégoût mais il faut bien que quelqu’un le fasse.
L’auteur a choisi de faire parler les corps pour ne pas verser dans des émotions larmoyantes ou dans des raisonnements mille fois exposés déjà ; elle est la jeune femme qui sent le liquide s’échapper d’elle avec le fœtus qu’elle ne veut, ne peut, pas mettre au monde ; elle est l’avorteuse couchée sur le sol froid qui attend le bourreau ; elle est ce bourreau qui vomit son dégoût quand il apprend qu’une exécution de plus l’attend.
Et bien sûr elle pose toutes les questions inévitables quand on évoque ces sujets : le droit à la vie, le droit à l’avortement, le droit à la contraception, le droit au plaisir pour les femmes aussi, le droit d’avoir une vie choisie, le droit de posséder son corps. Mais aussi la destinée, pourquoi Marie est devenue faiseuse d’anges, pourquoi Henri est devenu son bourreau et ,pour comprendre, elle explore leur enfance, leur adolescence, le manque d’amour ou d’affection, la recherche de la mère qui est toujours trop absente. Elle essaie de suivre le parcours de ces enfants précipités trop tôt dans la vie et bien trop vite au devant de la mort. Il y aurait comme une fatalité dans ces trois personnages, une fatalité qui les accompagnerait depuis leur naissance vers la mort qu’on donne ou qu’on subit.
Un très beau texte de larmes, de sang, d’humeurs diverses, de sensations corporelles et charnelles qui éludent les émotions larmoyantes et les raisonnements moralisateurs, dans un style concis, incisif, poignant, percutant. Un livre qui évoque des faits, pose des questions, ne jugent pas, ne prend pas parti, interroge, interpelle, bouleverse…