09 septembre 2015 ~ 0 Commentaire

Le papier brûlé – Jaime Díaz Rozzotto

Quelle surprise en ouvrant ce livre pêché au fond des rayons de la Bibliothèque municipale d’étude de Besançon, quelle belle surprise. Alors que je croyais m’embarquer pour une description des luttes sociales en Amérique centrale avec le Guatémaltèque Jaime Diaz Rozzotto, philosophe, essayiste, professeur de nombreuses universités dont celle de Besançon, je n’ai fait que quelques centaines de mètres pour me retrouver, au XVI° siècle, sur les terres de l’un des principaux personnages du livre alors que son épouse habitait un très bel hôtel qui abrite aujourd’hui mon restaurant préféré. Un pied de nez du sort au voyageur littéraire que je suis, un appel du pays à ne pas rompre les amarres.

Et, j’ai donc suivi cette jeune fille qui trouve un morceau de manuscrit, un tout petit fragment du rôle du Don Diego, en faisant des recherches sur une noble famille comtoise et demande à son amant, Hérodote, de l’éclairer sur l’histoire de cette époque pour identifier cet énigmatique navigateur, décédé au large des Pays-Bas, dont la trace est aujourd’hui dans les archives francs-comtoises.

Alors, Hérodote, le bien nommé, raconte, une véritable plongée au cœur de l’histoire bisontine au temps où les Granvelle gouvernaient le monde pour le compte de Charles Quint, une plongée dans l’histoire de la Franche-Comté quand elle a perdu sa dernière chance de demeurer indépendante au moment du dépeçage du domaine des Châlon, sous la pression du Roi d’Espagne, une plongée dans l’histoire de l’Europe, et de l’Amérique, quand le soleil ne se couchait jamais sur l’empire de Charles Quint et de ses descendants, l’histoire de l’Europe de Philippe II d’Espagne qui fut mon premier travail de jeune étudiant en histoire sur les bancs de la faculté de Besançon.

Diaz Rozzotto n’est pas un conteur, c’est un enseignant, dans un texte dense, touffu, écrit d’un bloc, sans chapitre ou peu, hélas malmené par un relecteur qui a laissé quelques fautes trop grossières pour un tel livre, il explique, fait comprendre, met en perspective, l’histoire de cette époque qu’il détaille sans toutefois donner une seule date ou peut-être justement une seule.

Il démontre comment les traités de Cateau Cambrésis (1559) marquent la fin d’un monde, celui de Dante et le début d’une nouvelle ère celle de Machiavel, la fin des empires féodaux et l’apparition des monarchies absolutistes et centralisées, les derniers soubresauts de la Lotharingie carolingienne, les dernières manifestations de l’opposition entre Guelfes et Gibelins. Et, ce nouveau monde, naissant dans les douleurs de la Réforme et de la Contre-réforme, voit disparaitre la noblesse d’épée au profit de nouveaux arrivistes, les robins de la noblesse de robe. Les courtisans flatteurs remplacent les nobles provinciaux querelleurs et indisciplinés.

C’est la fin de l’âge d’or de la Franche-Comté, les Granvelle perdent leur pouvoir, la noblesse locale est épuisée par de longues querelles internes, les monarchies absolues triomphent, le Roi d’Espagne a mis sa griffe sur les instances dirigeantes du comté. Les soubresauts d’une époque qui annonce les terribles événements du XVII° qui verra la Franche-Comté perdre une grande partie de sa population.

Mais quand l’histoire s’essouffle, Diaz Rozzotto trouve dans la légende un nouvel élan et quand l’histoire se fond dans la légende, elle nourrit la fiction qui n’est plus très loin de la réalité et de la biographie de l’auteur, du moins peut-on le supposer. Ainsi celui-ci, dans un grand écart littéraire et historique, parvient-il à relier la lutte des Francs-Comtois pour la défense de leurs franchises au combat des Guatémaltèques et autres habitants d’Amérique centrale pour défendre leurs libertés face aux mêmes monarchies absolutistes : l’Espagne, l’Angleterre, les Pays-Bas et la France. Et pour jeter un pont plus loin encore dans le temps, il compare la création d’états fantoches en Amérique centrale à la création d’états tout aussi illusoires dans les Balkans, en Afrique et ailleurs encore. L’histoire est un éternel recommencement et, même si elle ne ressert pas les plats, les mêmes recettes partout sont toujours utilisées par les plus forts.

Cette belle page de l’histoire de l’âge d’or de la Franche-Comté est donc aussi une belle et tragique histoire d’amour qui se meut en une véritable réflexion sur le pouvoir et la liberté que ce Franc-Comtois du bout du monde nous propose de méditer car « Tant que la liberté politique et la liberté culturelle ne marcheront pas main dans la main, le malheur de l’Homme persistera… »

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