08 septembre 2015 ~ 0 Commentaire

Avant que le coq chante – Cesare Pavese

Avant de se suicider en 1950 pour ne pas affronter la vieillesse, Pavese a publié ce recueil de trois nouvelles en 1949 qui comporte : « Pas de chez nous « , « La prison » et « La maison sur les collines ».

Pas de chez nous

Berto, un malfrat turinois, sort de prison en même temps que son codétenu, Talino, un paysan de la région, qui le persuade de l’accompagner à la ferme pour faire marcher la batteuse lors de la saison qui va commencer. Arrivé à la ferme, dans une canicule écrasante, Berto découvre la vendetta qui existe entre Talino et son rival et la haine qui règne entre les filles et le fils qui sort de prison. La tension devient de plus en plus violente et Berto évite soigneusement de ne pas se retrouver aux milieux des conflits qui s’annoncent de plus en plus proches.
Une histoire, écrite en langue vernaculaire parlée, argotique et rudimentaire, de la campagne turinoise dans les années trente où vivent des êtres frustes, violents, ignares et un peu primaires. Une image de l’Italie rurale d’avant la guerre.

La prison

Stefano, comme Carlo Levi et comme le héros de son roman « Le christ s’est arrêté à Eboli », est relégué dans une petite ville du sud de l’Italie, au bord de la mer, où il est confiné dans un espace réduit qui lui permet tout juste de se baigner et de fréquenter assidûment le bar du coin où il noue quelques relations avec les autochtones. Il tombe sous le charme d’une petite boniche aguichante mais c’est avec sa logeuse qu’il lie une relation discrète et sans espoir. Il préfère vivre en solitaire et refuse même de rencontrer un autre reclus au village du haut et de toucher à la prostituée qu’ils paient en commun avec quelques amis du café. Alors, d’anciennes histoires du village remontent à la surface mais il ne veut pas s’y intéresser préférant garder ses distances et vivre dans la solitude qui lui pèse mais qu’il n’essaie pas de rompre.

La maison sur les collines

Corrado est professeur mais chaque soir, il doit fuir Turin et les bombardements pour se réfugier sur les collines où il retrouve son amour de jeunesse qu’il n’a pas su comprendre. Cette femme a un enfant qu’il pense être le sien mais le saura-t-il un jour ? L’Italie est en pleine débandade, les fascistes ont abandonné le pouvoir, les Allemands occupent la place laissée vacante et les Alliés écrasent les villes italiennes sous les bombes. Et, Corrado regarde les opposants essayer de construire un nouvel avenir auquel il ne croit pas tant que les Allemands seront là. Il préfère se promener seul dans la campagne, refusant de s’engager auprès des résistants même s’il est recherché pour ses mauvaises fréquentations.

Berto, Stefano, Corrado, trois Italiens encore jeunes qui sont contraints de quitter le lieu où ils résident habituellement et de s’intégrer dans un groupe social qu’ils ne connaissent pas mais qu’ils ne font rien pour pénétrer. Ils refusent de prendre partie dans des histoires qui ne sont pas les leurs comme Pavese a toujours voulu rester en dehors de tous les combats même s’il était inscrit au Parti Communiste. Des personnages plutôt libertaires que militants, résignés, ne croyant pas en à la possibilité de modifier un monde qui de toute façon n’est que le fruit du hasard. « Nous sommes au monde par hasard, … Père et mère, enfants, tout vient par hasard. Inutile de pleurer. On naît et meurt seuls… »

Ces héros sont des solitaires qui refusent l’ordre établi, deux sortent de prison, n’aiment guère la maréchaussée et refusent l’engagement car « c’est un temps où les seuls à ne pas perdre la tête, c’est les types qui sont seuls. » Les fascistes se sont trompés, les opposants se trompent aussi, il faut rester à l’écart de ceux qui pensent en groupe et se soumettre au hasard car « il n’y a pas de destin, il y a seulement des limites. Le pire sort, c’est de les subir. En fait, il faut renoncer. » Et, lui, il a renoncé même devant la vie.

Dans ce livre, sans le dire ouvertement, Pavese semble dénoncer aussi la misère intellectuelle et matérielle dans laquelle vit la société italienne de l’époque, surtout dans les campagnes qu’ils semblent particulièrement bien connaître. Il oppose la médiocrité humaine à la pureté de la nature qu’il sait si bien décrire dans une peinture naturaliste des campagnes italiennes évoquant Steinbeck qu’il a connu, et d’autres auteurs néo réalistes.

Il est un spectateur, témoin des événements de son temps auxquels il ne veut pas participer pour ne pas être responsable de cette débandade. Mais, devant l’ampleur du désastre et l’immensité de l’horreur, il concède cependant : « Un jour viendra où personne ne pourra demeurer en dehors de la guerre, pas même les lâches, les tristes, les esseulés. »

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