27 août 2015 ~ 0 Commentaire

L’assassinat de Sarajevo – Željko Vuković

Ce livre peu paraître un empilage de témoignages, de réflexions, d’analyses à chaud, jetés en urgence sur le papier pour faire savoir ce qui se passe exactement à Sarajevo pendant cette horrible guerre, tout ce que l’opinion mondiale ne sait pas et n’a pas compris. Un livre qui pourrait paraître bâclé mais il fallait faire vite, très vite, avant d’oublier, avant de relativiser les faits, avant que l’opinion tourne son attention sur une autre catastrophe. Zeljko Vukovic, journaliste bosniaque, a pu rester à Sarajevo de mai à décembre 1992 et formuler ce témoignage dès 1993. Il a voulu nous dire ce qu’il a vu, ce qu’il a ressenti, ce qu’il en a déduit, un regard impartial, sans voyeurisme, réaliste, implacable, sans concession pour les trois parties en présence. Car, Vukovic se voulait Bosniaque et rien d‘autre ! « … si j’avais défendu un camp, quel qu’il soit, je ne serais pas aujourd’hui un pauvre émigrant, mais l’écrivain célèbre d’un peuple. »

Il accuse sans détour les leaders des trois communautés en présence d’avoir voulu la guerre en espérant en tirer un profit immédiat pour leur parti nationaliste respectif au détriment de tous les autres Bosniaques qui ne se reconnaissaient pas dans ces partis. Et, c’est ainsi que, le 28 mai 1992, les Serbes attaquent Sarajevo pour anéantir la ville et éliminer les habitants en semant la terreur. Les Musulmans se défendent en jouant les martyrs et font tout pour en avoir assez afin d’émouvoir l’opinion publique, quitte à en faire eux-mêmes dans leurs propres rangs.

Et, la machine guerrière s’emballe, les extrémistes les plus belliqueux et les plus barbares s’emparent du pouvoir pour déverser leur haine, leur violence et leur sauvagerie sur les populations les plus innocentes. Alors, « A Sarajevo, on assassine, on fait perdre la raison, on rend fou, on affame, on épuise. » Le cortège habituel des conflits inter ethniques se forme : la mort, les disparitions, la trahison, les fractures entre amis, l’obligation de choisir, l’enrôlement pour de l’argent, la manipulation même en tuant les siens, l’accaparation du pouvoir par les faibles, la dispersion des élites remplacées par des médiocres sans scrupules et le recours à des mercenaires pas plus scrupuleux et même carrément pervers qui ne pensent qu’à satisfaire leur fantasme de tueurs sanguinaires. Mais, il faut aussi penser à tous les dégâts psychologiques, à la destruction du patrimoine, d’une culture, d’une histoire et même de la flore et de la faune. C’est une ville qu’on assassine, c’est un peuple qu’on anéantit.

Ce conflit a pris de telles proportions dans la sauvagerie, on ne peut même plus parler de bestialité, les animaux ne se commettent jamais dans de tels carnages avec un tel cynisme. Car le cynisme est devenu un argument de promotion et de valorisation, tous les repères sont effacés, détruits, écrasés sous les bombes. Et, les intellectuels étrangers n’ont rien compris, en s’apitoyant sur le sort de l’une ou l’autre communauté, ils n’ont fait que renforcer l’envie de guerre de celle qu’il défendait en lui donnant une bonne raison de faire massacrer les siens pour pouvoir porter la tête haute quand le conflit cesserait. Et, Vukovic, ne manque d’égratigner BH Lévy qui s’est largement investit pour défendre le sort des Musulmans.

Encore un livre qui nous ramène au cœur du conflit balkanique qui dure, avec plus ou moins d’intensité, depuis des siècles maintenant, mais un livre qui plonge au cœur de l’horreur qui explose sous les yeux de l’auteur, un témoignage qui vient relayer ce que nous avions déjà appris depuis longtemps avec Andric, notamment, et que Drascovitch, Jergovic, Scepanovic et bien d‘autres nous ont plus récemment rappelé. Mais, cette ville martyr mérite bien, elle aussi, que nous cultivions, à son endroit, un devoir de mémoire, d’autant plus que la plaie n’est pas définitivement refermée et que l’inflammation peut reprendre vigueur très vite.

« Quand les Croates envoient les Musulmans se battre contre les Serbes, c’est de la stratégie. Quand ils informent ensuite les Serbes qu’ils ont envoyé les Musulmans combattre, c’est de la tactique. Quand, enfin, ils décrochent leur téléphone pour avertir l’Europe et le monde que les Serbes massacrent les Musulmans, c’est de la politique. » Et, si la Bosnie n’était finalement qu’un leurre, un fantasme, un rêve de paix ?

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