25 août 2015 ~ 0 Commentaire

La soeur de Soledad – Jose Dalisay

A l’aéroport de Manille, une famille philippine attend impatiemment l’arrivée du cercueil contenant  le cadavre d’un membre de leur famille décédé en Arabie saoudite, elle est fort déçue quand elle apprend que la dépouille en question n’est pas celle de l’un des leurs mais celle d’une jeune femme dont la famille réside dans une petite ville de province éloignée de la capitale. Un des policiers présents au moment des formalités est stupéfait de constater que le nom de la défunte correspond à celui d’une chanteuse de cabaret de sa ville natale qu’il a vue la veille encore. Sa hiérarchie lui confie le soin de retrouver la famille de la défunte, il prend contact avec la chanteuse qui lui explique la situation et l’accompagne à la capitale pour récupérer le cercueil et le ramener dans sa ville natale pour y être dignement inhumé. Sur les routes défoncées de l’île, le voyage est long et épuisant et au moment ou le policer et la chanteuse décide de faire une halte, la voiture est dérobée et une nouvelle aventure commence…

Cette histoire rocambolesque racontant les pérégrinations de ce cadavre dont on ne sait plus très bien  à qui il appartient, met en exergue le peu de fiabilité de l’administration philippine et l’opacité des relations qui existent entre les Philippines et les différents pays où ceux qui ont choisi l’exil ont trouvé un emploi. Interpellé par un article de presse évoquant le nombre important de cadavres philippins rapatriés chaque année, l’auteur s’est intéressé au problème de l’expatriation de ses concitoyens vers des pays très divers pour gagner l’argent de leur famille, constituant ainsi une source de profit important pour l’ensemble de la nation.

Ce livre est évidemment un récit distrayant plein de rebondissements et d’avatars plus ou moins drôles mais c’est, aussi une réflexion sur l’émigration aux Philippines, une nuée d’îles plus ou moins importantes, souvent dirigée par un pouvoir totalitaire et corrompu, qui ne sait pas, ou ne peut pas, donner des conditions de vie supportables à une population très dense. Le pays est sale, mal entretenu, les logements sont souvent des bidonvilles ou des taudis et les moyens d’existences sont réduits et souvent insuffisants. Alors, certains habitants, les jeunes hommes et femmes, vont chercher ailleurs de quoi faire vivre au pays une famille complète quelles que soient les conditions qui leur sont proposées a priori ou imposées a posteriori. « Voilà à quoi se résumait ce pays : zones, frontières, démarcations, rappels incessants du côté ou votre place était censée être… Oublier ces choses c’était s’exposer au pire… »

Toutes et tous savent désormais que l’exil est rempli de pièges, souvent source de graves désillusions et même parfois d’ennuis très graves, le nombre de cadavres rapatriés chaque année est là pour en témoigner. L’auteur s’interroge et avance une hypothèse possible : « … pourquoi y étaient-elles toutes, malgré les nombreux avertissements et les histoires presque fastidieusement tragiques, de mauvais traitements de toutes sortes ? Parce que, pensait Soledad, elles se sentaient plus chanceuses et plus fortes que celles et ceux qui étaient partis avant elles. »

Un livre qui traite d’un sujet qu’on connait mal en Europe et qui pourrait donc être intéressant mais, hélas, l’auteur s’est un peu fourvoyé dans l’histoire personnelle de chacun des personnages qu’il met en scène égarant ainsi le lecteur dans un texte brouillon manquant de rythme et de cohérence où l’intrigue devient difficile à suivre et les personnage pas facile à cerner. On croit comprendre le message sur la fatalité de l’exil des Philippins liée à une grande difficulté du pouvoir à assurer son autorité sur l’ensemble du territoire et même à administrer correctement la partie qu’il contrôle. Et on finit par admettre que,  dans ces conditions, la fatalité de l’exil n’est pas qu’un mythe.

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