21 août 2015 ~ 0 Commentaire

Un train de glace et de feu – Ramon Chao

Ramon Chao c’est le papa de Manu, le Manu de la Mano Negra qui connut le succès sur les scènes rock de France et d’Amérique latine au début des années quatre-vingt-dix et qui  en 1993 accompagna l’épopée de ce groupe et d’une bande de saltimbanques hirsutes, tatoués et percés, au cœur de la Colombie.

A la suite de la tournée « Cargo 92 », un des membres du groupe avait remarqué « Partout je voyais des rails, mais jamais de trains… Les locomotives tournaient. Cependant, depuis 1979, aucune n’avait roulé. Des centaines de villages auparavant desservis par le train vivaient désormais reclus, rackettés à la fois par l’armée, les narcotrafiquants et la guérilla … Alors, pour qu’on parle d’autre chose que de la terreur en Colombie, j’ai imaginé ce train avec un spectacle réconciliant ces deux ennemis héréditaires que sont le feu et la glace ».

Le projet retient l’attention des autorités et des compagnies ferroviaires qui le favorisent  et essaient de le récupérer « mais telle n’est pas l’opinion de la centaine d’allumés qu’il (le train) va transporter, Ils se foutent de savoir à qui tout cela peut bien servir. Ils sont là pour le rêve et ses incohérences ».

Et Ramon, au jour le jour, va tenir la chronique de cette folle aventure entre Bogota et Sant Marta,  sur la mer des Caraïbes, aller et retour, à travers des paysages fabuleux mais aussi au cœur des territoires contrôlés par les narcotrafiquants  ou par divers mouvements de la guérilla qui tous comme l’armée régulière rançonnent le pays, avec pour seul protection leur statut d’artiste et leur indépendance politique. « Quelle publicité peut se faire un mouvement de libération en tirant sur des clowns ?» Toutefois, l’aventure, mal préparée, mal organisée, éprouve fort les organismes et les esprits, mais les plus solides et les plus motivés résistent et mènent à bien ce projet fou qui rencontre un  immense succès auprès des populations écrasées par la misère et terrorisées par la violence qui règne dans ce pays depuis les guerres contre les envahisseurs, et pourtant les dieux l’ont  doté d’immenses richesses.

Cette violence que Fernando Vallejo stigmatise avec virulence dans « Nous irons tous en enfer », harasse et décime les populations qui voient dans ce spectacle, qui vient à leur rencontre, comme l’annonce de jours meilleurs que la candide Marina résume dans sa lettre d’adieu par ces tendres remerciements : «  …, merci de m’avoir donné l’impression d’être aimée … C’est vous qui faites de ce monde un univers de paix et d’amour ».

Et cette aventure eut lieu dix ans avant qu’Ingrid Betancourt ne soit enlevée par l’un de ces mouvements de libération qui en fait passent leur temps à enfermer les innocents !

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